Pierre Roy-Camille — Earth, Wind & Fire
Cette série de dessins de Pierre Roy-camille est réalisée systématiquement sur des feuilles de papier photo brillant, format A3, à l’aide de feutres à l’huile. Ces feuilles sont ensuite assemblées et constituent de grands formats.
Il s’agit d’une forêt rocailleuse, de buissons ardents, de vagues, d’un coucher de soleil, ou encore d’explosions, de nuées. C’est une rigoureuse succession de lignes noires, plus ou moins épaisses, qui font apparaître l’image. Ces trames de lignes et de points nous font penser à une technique d’impression ; sérigraphie, gravure ou imprimante jet d’encre. En empruntant à ce vocabulaire formel de la reproduction, Pierre Roy-Camille modifie et joue habilement avec l’échelle de ces lignes. L’usage de feutres aux pointes adroitement taillées dont l’encre à la surface noire et brillante produit des traces, nous indiquent sans ambigüité le ‘fait main’.
La rigueur obsessionnelle déployée à l’élaboration de ces images fait rapidement songer au temps passé à les réaliser, à la concentration nécessaire, aussi probablement à l’ingratitude du labeur. Les dessins construits en polyptiques n’apparaissent comme un ensemble qu’une fois tous les éléments associés, ces feuilles n’étant jusque la qu’une succession de signes ne produisant rien de véritablement identifiable.
Ces compositions, comme la nature, se dessinent elles même. C’est à dire progressivement et par l’association minutieuse de choses très simples ; l’artiste utilise les lignes, comme la nature les atomes, il combine, articule, compose. Si chaque ligne comme chaque atome peut avoir une existence propre ; orchestrées dans un ensemble, elles permettent l’apparition de l’image, comme l’atome de la matière.
Ce processus évoque le cheminement du chercheur naturaliste qui, après avoir observé tel ou tel phénomène tente de le reproduire. Il engendre symboliquement par un dessin patient la croissance de toutes choses, donnant progressivement vie à un univers propre, lignes après lignes et feuilles après feuilles. Le temps de cette élaboration s’oppose au temps des images représentées : explosions, fumées, courants incarnent autant de moments furtifs qui appartiennent à notre mémoire collective. C’est de leur création que l’on nous parle ici, et c’est leur finalité qui nous est présenté. Cette finalité est ici pour le regardeur le point de départ permettant de déconstruire cette image et d’en déchiffrer tous les outils de représentation.
Pierre Roy-Camille est de ceux qui exaltent une posture contemplative, mimant ce qu’il perçoit de la nature. L’œuvre présentée établit un jeu subtil entre le temps du « faire » par la main, puis du « défaire » par l’œil. Cette balance produit un mouvement proche de la respiration ou du souffle qui invite à une approche tant instinctive qu’érudite de ce travail. (C. Tricaud)



